Philips annonce, en 1986, qu'il va plancher sur la sortie d'une nouvelle machine basée sur le tout nouveau média dont il est le créateur : le CD-ROM. Au départ, le support technique qui doit être utilisé est le MSX, un standard lancé par ASCII et épaulé par Microsoft en 1983. Le nom du projet est alors New Media System.
Ce nom assez pompeux ne tiendra pourtant pas bien longtemps. La cause en est très simple : en ce milieu des années 1980, le standard MSX n'affiche plus une forme aussi fleurissante que par le passé.
Afin de mettre toutes les chances de son côté, la firme fait appel à deux grands noms du secteur que sont Motorola et Sony. C'est d'ailleurs avec ce dernier que sera écrit le Livre Vert qui contient les grandes lignes du cahier des charges qui donnera le CDI.
Les recherches vont continuer pendant quelques années sans que Philips n'en informe le public. C'est en 1988 que les amateurs de nouvelles technologies apprendront l'existence d'un prototype illustrant cette nouvelle vision des choses qui doit révolutionner l'informatique et les loisirs. Dans cet article paru dans le magazine Tilt, on découvre que Philips désire mêler intimement le multimédia à la vie de tous les jours. Tout ça grâce au multimédia. Ce terme encore balbutiant va prendre une énorme ampleur dans le début des années 1990 pour constituer un effet de mode.

Même Mario y est passé, pour le pire seulement.
Ce prototype est capable de faire tourner des vidéos en plein écran, et ce grâce à une puce made in Motorola nommée MC68340. Ce nouveau composant permet donc d'avoir une belle qualité d'image et non plus des vidéos en quart d'écran comme c'était le cas lors des précédentes recherches de la firme.
L'annonce de cette nouvelle machine va se transformer en annonce d'un nouveau standard. Philips compte poser des bases techniques que n'importe quel industriel pourra reprendre, à l'instar du MSX cité ci-dessus. On pourra donc avoir plusieurs versions de ces machines, de la plus simple à la plus complète au niveau des fonctionnalités. Le projet est très souvent comparé à une sorte de super magnétoscope, afin de le rendre aussi indispensable qu'une platine de CD audio.
Côté système d'exploitation, c'est le CD-RTOS qui va naître. Il est basé sur le OS-9 de Microware.
Utilisation familiale oblige, de nombreux ports d'extension sont prévus, permettant de brancher une imprimante, un clavier, un lecteur de disquettes, etc. Finalement très peu d'entre eux vont réellement voir le jour.
Peu à peu, on va voir deux utilisations émerger : professionnelle et personnelle. Chaque utilisation dispose de ses machines propres. Ainsi, Renault utilise le CDI et le logiciel Ediris afin de former ses mécaniciens. Les premières machines sortent en 1989 pour environ 15 000 francs. Le prix est élevé, mais ces versions professionnelles embarquent des fonctions plus avancées, avec notamment un lecteur de disquettes et un disque dur. Visuellement, elles se démarquent de leurs homologues grand public par leur couleur blanche là où les autres sont plutôt noires, voir grises. De même, le look pro tient plus du micro ordinateur avec son format desktop – alors très en vogue.
Suivront les modèles 601, 602 et 605.

L'ange et le Démon, un bon jeu d'aventure dont l'action se déroule au Mont Saint Michel.
Du côté de l'utilisation personnelle, il faut attendre un peu plus longtemps avant de voir débarquer des lecteurs, et surtout des logiciels, dans le monde du grand public. La puissance de la bête paraît alors sans limites, de même que son support de données. Se pose alors le problème du développement. Qui dit nouveaux média entraîne aussi de nouveaux types de développement. Les plates-formes dédiées coûtant très cher, seules les plus grosses entreprises peuvent s'offrir les moyens de disposer de tels joujoux.
La date de sortie est prévue pour septembre 1991 sur les marchés américain et japonais et dans le courant de l'année 1992 pour le marché européen. Un comble pour une firme européenne !
Dans la réalité, c'est le 16 octobre 1991 que la console sort en dehors de l'Europe, sous le nom de CDI 910 pour 950 dollars. 39 logiciels sont proposés, se décomposant en trois catégories : jeux, culture et éducation. Plus tard sortiront les modèles (commercialisés par Magnavox) 200, 450 et 550.
Pour le marché européen, tout commence par le Royaume Unis où une vingtaine de boutiques privilégiées proposent en avant-première le CDI pour la somme rondelette de 6 000 francs.
Pour la France, il faut attendre septembre 1992 où plusieurs modèles arrivent sur les étals.
- Le modèle de base, le 205, pour 4 990 francs.
- Le 220, pour 5 990 francs, propose des capacités un poil étendues, notamment au niveau de la mémoire vive.
- Le 310 est la version de luxe. Très rare actuellement, c'est en fait la version portable incluant un écran LCD de 5,6 pouces de grande qualité.
D'autres modèles verront le jour, jouant sur le rapport prix / capacités.
La machine n'embarque pas encore la carte de décompression permettant des vidéos en plein écran. Le composant Motorola MC68340 coûte trop cher pour être intégré nativement, si bien qu'il est proposé en option sur une carte nommée FMV – pour Full Motion Video. Philips fera un tapage énorme autour de cette technologie soit-disant révolutionnaire, qui n'est pourtant que de la vidéo en plein écran !
De toute façon, il est difficile de proposer un standard vidéo pour la simple et bonne raison qu'il n'y en a pas vraiment. Il faut attendre 1992 pour le Motion Expert Picture Group officialise le mode de compression de type MPEG que la FMV va utiliser. Le module sera tout de même vendu pour la bagatelle de 1 500 francs.

Kether - l'un des jeux les plus mis en avant lors de la sortie. Il a bien mal vieilli.
Philips se donne les moyens de populariser son nouveau média. Contrairement aux autres firmes proposant des consoles de jeux, l'entreprise néerlandaise affirme ne pas vendre une console mais joue plutôt sur le fameux aspect multimédia. Pas la peine de se retrouver entre passionnés de jeux vidéo dans une boutique spécialisée pour voir la chose, il suffit d'aller dans n'importe quel magasin de Hi-Fi pour trouver une machine en présentation, ou au moins quelques prospectus publicitaires. Et les vendeurs savent aussi de quoi ils parlent ! Philips a même été jusqu'à leur payer une formation sur ce nouveau support.
Du côté des médias, outre la presse spécialisée qui se fait régulièrement le porte voix des grands pontes de Philips, la télé est aussi de la partie. Cela se traduit par des publicités, bien entendu, mais aussi des interventions et du sponsoring comme les fameux jeux du soir où les téléspectateurs pouvaient jouer au superbe jeu de tennis en pianotant sur le téléphone... Jeu de tennis tournant sur CDI bien entendu !
On peut aussi noter la participation active de Philips lors de la première nuit des jeux vidéo, présentée par JM Blottière en 1993 et où Jean-Claude Larue, alors PDF de Philips France, n'a de cesse de vanter les mérites de son CDI. Le tout entrecoupé de séances de jeux sous Kether.
On peut donc affirmer sans aucun doute possible que le battage médiatique effectué à été extrêmement bien maîtrisé.
Malgré tout ces efforts, le CDI se vend mal. Avec un prix avoisinant les 5 000 francs, il se révèle très onéreux et les ingénieurs maison n'arrivent pas à faire baisser les coûts.
De même, si avant sa sortie on le comparait énormément à un magnétoscope, par la suite il restera dans l'imagerie collective un support de jeux. Voyant que cette image collait trop à la peau de son produit, Philips décide d'en jouer en sortant le modèle 450, qui n'est autre qu'une version console de son CDI. La principale différence, outre la forme très consolisée, vient des manettes qui ne sont plus des télécommandes mais réellement des pads, bien plus pratiques pour jouer.
Parallèlement va voir le jour le modèle 470 (bientôt suivi du 490), qui joue au contraire sur l'aspect salon. En proposant des boutons en façade, il est maintenant possible d'utiliser la machine comme lecteur de CD audio de salon.

Eh oui, un Zelda sur CDI. Il y en a même eu trois... Catastrophiques.
Rien n'y fait, le CDI va tomber peu à peu dans l'oubli, entraînant avec lui le projet que Philips avait dans ces cartons : l'OmniPlayer. Rappelant énormément le principe du Laser Active, ce standard devait accepter la plupart des formats de disques existant sur le marché : 3.5, 8 et même 12 pouces.
L'échec cuisant d'un tel support n'est, avec le recul, pas vraiment étonnant. Le fameux avènement du multimédia n'a pas fait long feu et s'est révélé être une mode totalement factice et inutile. Ce nouveau média devant remplacer tous les autres, le CDI est finalement devenu un souvenir totalement has been très rapidement.
La faute en incombe principalement à un prix de vente bien trop élevé, et surtout à une logithèque bien trop limitée. On passera rapidement sur les produits éducatifs qui, même si certains sont très bons, sont loin d'être le sujet qui fait vendre.
Les produits culturels, avec le Louvre, différents dictionnaires, n'étaient pas assez pratiques pour être réellement utilisés souvent.
Reste alors les jeux. Et là, c'est le drame. Le CDI est connu des joueurs pour être une des plates-formes les plus pauvres en bons jeux. Internationnal Tennis Open est beau, mais le gameplay est tellement limité que la durée de vie se résume aux quelques heures de découverte. Il en va de même pour le jeu de Golf. Kether est tout aussi joli et limité... Et là, on a fait le tour des jeux médiatiques.
Parmi les heureuses surprises, on compte The Apprentice, un jeu de plate-forme très coloré qui rappelle avec plaisir l'époque de l'Amiga.
De même, l'Ange et le Démon est très sympathique. Il s'agit ici d'un jeu d'aventures où l'on se déplace dans des environnement faits à partir de photos. Le cadre est mythique, avec le Mont Saint Michel.
Les autres jeux de qualité, comme Inca par exemple, sont des adaptations en provenance du monde PC, et ne sont donc que très moyennement intéressants d'un point de vue historique.
Les collectionneurs connaissent aussi les trois versions de Zelda et les quelques Mario du support, s'étonnant de voir des jeux estampillés Nintendo sur une machine qui n'est pas de la marque au plombier. La cause est toute simple : Philips, aux côtés de Sony, a participé à l'élaboration technique de l'arlésienne de Nintendo, le support CD de la Super Nintendo. Lorsque le projet est tombé à l'eau, Philips à imposé en dédommagement la possibilité d'utiliser les licences de Nintendo afin de permettre de sortir des jeux pouvant relancer quelque peu la santé morose de son CDI. Sony, de son côté, à mis sont projet de côté pour donner la Playstation.
Résultat, les jeux mettant en scène Zelda ou Mario ont été réalisés par des développeurs qui ne connaissaient visiblement pas grand chose à la méthode de création d'un jeu. Tous ces opus, sans exception, son des daubes immondes, faisant honte au monde du jeu vidéo.
Le tout est à l'image d'un support qui s'est posé sur un marché qui n'avait finalement pas de public.

La fameuse carte FMV, permettant d'afficher des vidéo en plein écran.

The Apprentice : un jeu qui sent bon l'époque du l'Amiga. Excellent, mais méconnu.

Petite capture d'écran de The Apprentice (désolé pour la mauvaise qualité).

Quelques jeux en vrac...