On compte rendu étonnant sur Atari, encore une fois vu par une personne conaissant plus que bien la fameuse firme. Tout ne s'est pas su immédiatement, mais c'est avec des témoignages de ce type que l'on en apprend plus sur cette société mythique.

Nous avons reçu un matin de ce texte assez virulent, mais qui a le mérite de remettre les choses à leur place. C'est pourquoi nous le publions aujourd`hui.
Son auteur, qui semble avoir été un proche d`ATARI FRANCE, signe, selon ses dires, sous un nom d'emprunt: Bernard DOLIN. Ne nous ayant bien évidemment pas donné son adresse, nous ne pouvons savoir qui il est, si ce n'est que son courrier est posté de Paris. Il nous a promis d'autres articles si cela nous intéressait. Ne pouvant lui répondre par voie de courrier, nous lui signifions aujourd'hui que, vu son talent de rédacteur et l'intérêt de ses informations, nous sommes impatient de lire et de publier d'autres articles de son crû.

Godefroy de MAUPEOU




Dans la courte, mais intense, existence de la micro-informatique, les clichés des petits génies ont la vie dure. N'en déplaise à quelques-uns, la réputation de programmeur talentueux affublée à un certain B... G... ayant inventé le basic ainsi que le meilleur OS du monde n'est qu `une galéjade et une usurpation de compétence, que méme un vendeur véreux de cuisines à 30.000 F n'utiliserait pas pour placer ses plaques d'aggloméré.

Il s'avère en fin de compte que dans le milieu de la haute technologie, plus que dans tout autre actuellement la récupération et le plagiat font bonne figure. Pire, c'est le plagié qui se fait mettre au banc des accusés. Cependant avant d'aller plus loin, je voudrais présenter d'avance mes excuses à certaines catégories professionnelles dont les arnaques légendaires ne sont rien par rapport à un vendeur PC. Mes excuses donc aux garagistes et aux plombiers qui ont su enlever une bonne part des moutons noirs qui sévissaient dans leurs professions.

Le plagié qui nous intéresse ici même est Atari, bien évidemment. L'inventeur du jeu vidéo est (fut) un innovateur dans l'impitoyable marché de la micro-informatique. Innovateur dans le hard, dans le soft et méme dans la communication avec, nous le verrons, une seule idée, mais une idée de génie, qui vous est aujourd'hui trés commune. L'idée de cet inventaire à la Prévert est venue à son auteur, non pour pleurer sur le triste sort d'une marque qui ne su pas mettre a profit les avantages indéniables qu'elle avait mais plutôt pour vous prouver qu'il existe autre chose dans la définition d'un micro-ordinateur qu'une débauche de mips et de termes abscons, et que l'usage que l'on peut faire de l'outil informatique dépasse de loin les reconfigurations du système et les changements de carte-mère.

Dans le hard déja. Avant de sortir la gamme ST, qui est le fondement même de notre existence, Atari corp proposait la série XL (600 et 800). Ces micro-ordinateurs appartenaient à la famille des 8 bits, et se présentaient comme les grands concurrents des Vic 20 et Commodore 64, eux-mêmes les "ancêtres" de l'Amiga. Le 800 XL connut un très grand succès, en Angleterre par exemple, ou aux USA, et fut distribué plus confidentiellement en France. Il faut savoir qu'a l'époque, suite au rachat d'Atari par les Tramiel, les guerres de succession dans les filiales faisaient rage, et que la filiale française était en pleine restructuration. C'est donc, petit hors-sujet, à ce moment (janvier 84 ou 85, je ne me rappelle plus bien). que l'ancienne équipe de Commodore France devint Atari France, une équipe de commerciaux et de techniciens de talent, qu'on nous enviera de longues années durant, fin de la digression.

Ce 8OOXL, donc, possédait quelques innovations de derrière les fagots. Outre le fait qu'il possédait 64 Ko de mémoire vive, et 16 Ko de Rom, ce qui impliquait nécessairement des astuces puisqu'un processeur 8 bits ne pouvait gérer plus de 64 Ko au total. Il disposait également d'un test intégré qui permettait de contrôler le bon fonctionnement entre autres, de la puce sonore (4 voies, mazette) et du clavier. Nous ne pouvons toutefois pas crier au plagiat puisque cette idée lumineuse n'a été reprise par personne. Ce n'est pas le PC qui me contredira, puisque aux dernières nouvelles, celui-ci demande toujours l'appuie de la touche F1 si vous démarrez sans clavier, ou avec un clavier en panne. Une autre innovation de la famille XL fut une grosse prise carrée, sur laquelle on branchait à la suite les uns des autres: le lecteur de cassette, le lecteur de disquette, le crayon optique, la table graphique, l'imprimante ... Si l'on devait trouver un système analogue dans le PC, nous pourrions le comparer a l'USB, grande innovation multimédia de l'année, qui fera ... pareil, lorsque les drivers appropriés seront relachés par Microsoft et qui a été "inventé" par le couple Wintel.


Quittons les ancêtres pour parler d'un micro-ordinateur moderne, le ST. J'appelle "micro-ordinateur moderne" tout micro possédant la puissance suffisante pour remplir les besoins d'un "homo informaticus" basique, c'est-à-dire non multimédia. Le ST, donc, à lancé un concept simple mais pervers: de la puissance pour pas cher. A la sortie du 520 ST, le parc informatique était simple : d'un côté vous aviez les 8 bits vieillissants qui étaient les seuls abordables pour des particuliers, et d'un autre, soit les PC XT (an général des 8088 a 4,77 Mhz, 128 ou 256 Ko de mé­moire, et MS-DOS 2.11), soit le tout nouveau MAC 128 (68000 ô 7,64 Mhz, 128 Ko de mémoire). Le PC était technologiquement hors course, et le Mac côutait plus de 30.000 FF À 10.000 FF à sa sortie, le ST (Jackintosh pour les intimes de l'époque) présentait de nombreux avantages, et pas seulement pécuniers, même si on a pu avoir la satisfaction de se dire que l'on pouvait acquérir la machine la plus homogène du moment pour moins de 3000 FF lorsque son prix descendra jusqu'a 2990 FF.

Chaque membre de la famille ST apporta son lot d'innovations, les détailler toutes reviendrait à faire un cours sur l'architecture des micro-ordinateurs. Sachez toutefois que des choix et des innovations technologiques lors de la conception dépendent pour une bonne part le plaisir et la facilité d'utilisation de la machine. De même, ne me faites pas dire que sans Atari, il n'y aurait pas au de micro-informatique, seulement il y a des "hommes" ou des sociétés qui apportent leurs contributions de manière tellement originale qu'ils influent sur l'évolution du Monde. Le ST est basé sur une architecture plutôt simple. Le microprocesseur, ainsi que tous les circuits périphériques comme la vidéo, accède à une seule et même mémoire vive, à le différence des PC.
Ce partage a beaucoup apporté aux programmeurs: possibilité de scrollings gigantesques sur ST, redéfinitions de modes graphiques supérieurs à ceux d'origine sur Falcon (seulement limités par la bande passante au Bus). Le PC tente actuellement d'évoluer vers une architecture identique. Le 1er essai avec l'UMA fut un échec, pour cause de lenteur insurmontable, le deuxiéme ne va pas tarder à prendre son envol avec le port AGP. Vous me direz, pourquoi ce principe fonctionne bien sur Atari et pas sur PC? Par simple question de logique. Le principal ralentisseur sur PC est que vous aurez un Pentium à 150 Mhz qui communiquera sur un bus à 25 Mhz, passera des megaoctets d'intormations à la carte graphique tout en communiquant avec des périphériques, par détinition, lents comme les modems, port paralléle, souris ...

Lorsque Atari a cherché à développer une machine rapide, en l'occurrence le TT, ils ont cherché les points faibles de leur architecture qui pourraient devenir des goulots d'étranglement, et le principal était bien cet accés mémoire de l'ensemble des périphériques: Les lents, toujours aussi lents, et les plus rapides cherchant toujours plus de rapidité. La réponse fut simple et évidente: "TT-Ram". En effet, puisque le processeur est toujours plus rapide, on va lui réserver de la mémoire spécifique, c'est bien plus efficace que de le faire pour la vidéo (pour la simple et bonne raison qu'un processeur n'a pas besoin de la vidéo pour accéder à ses données, tandis que la vidéo a besoin du processeur pour lui donner ses informations). Résultat lorsque le TT fonctionne dans sa TT-ram, il exécute les programmes deux à trois fois plus vite. Autre innovation du TT, en passant, celui-ci posséde sa ST-RAM (la Ram Non-TT) cablée en 64 bits. La vidéo y accédant on peut créditer le TT de 1er micro à carte graphique 64 bits.

Mais les ST n'ont pas innové que sur leur architecture de base. Le Mega ST outre sa capacité mémoire phénoménale de 2 ou 4 MO inédite à l'époque, possédait un joli petit boîtier, dit en "boîte à pizza',' qui fit la joie ce la série LC des Maclntosh d'Apple. Le ST Book préfigure ce que recherchent nien des portatifs d'aujourd'hui. légéreté (1.8 kg). autonomie (prés de 10 heures). astuce... (mémoire non volatile, surface de pointage extra-plate, multiples possibilités pour fixer des accessoires sur les côtés...). Le CD-Rom fit sa premiére apparition sur le ST, avec un lecteur présentant lui aussi ses petites particularités, à savoir que les boutons de contrôle du disque laser pouvaient se désolidariser du lecteur, à la maniére d'une face détachable d'autoradio, non pour éviter le vol, mais pour servir de telécommande infrarouge. C'est une astuce qui, si elle apparaissait aujourd'hui sur un PC, serait qualifiée par "SVM" de technologiquement audacieux et génialement multimédia. Que dirait-on donc alors d'un Falcon qui peut a la fois,se brancher indifféremment sur une TV ou un moniteur Svga (dit "de PC"). posséde en standard d'une carte son 16bits stéréo en entrée ET en sortie, et qui plus est FULL DUPLEX. On ne peut toutefois pas passer sous silence la derniére innovation de notre rapace qui vient d'être "réinventé": AST, constructeur renommé, est décidé une bonne fois pour toute a en finir avec le capharnaum d'un PC en le dotant d'un ventilateur à vitesse variable, vous savez, comme celui du Falcon qui varie suivant la chaleur ambiante. Et "Zéro Un Informatique" de s'extasier !

Mais j'allai oublier une invention de génie: La SLM. Vous vous rappelez sans doute tous de la premiére imprimante laser à moins de 10000 FF. Plus de trois fois moins cher que ses premiéres concurrentes. Le principe en était simple, il suffisait d'enlever tout ce qui était électronique de l'imprimante pour piloter la mécanique par l'intermédiaire de l'ordinateur Cela évitait les doublons de calcul, les transferts inutiles de mémoire à mémoire... Cette idée qu'on peut réellement qualifier de géniale a été réinventée par Microsoft avec le "standard GDI',' qui permet d'imprimer par l'intermédiaire de Windows. A noter que pour s'en sortir, il vous faut au minimum un Pentium 100 lorsqu'un vulgaire ST suffisait (avec toutefois, oh hérésie !, un minimum de 2 mega octets pour imprimer des graphiques).

Il y aurait bien d'autres choses à commenter sans passer pour un vieux radoteur, mais la plus risible peut-être est le plagiat honteux par Apple, puis par Sony, de le seul tentative de communication à laquelle s'essaya Atari Europe. Une mini campagne de pub, parue uniquement dans Start Micro et une fois perdue dans les pages de pub de SVM, laissait apparaître à vos esprits soudain éclairés ce qu'était réellement le multimédia : une main, une oreile, un oeil, une bouche. Tous ensemble reliés par des fléches qui démontraient leur interactivité, et ce slogan magnifique: "Tout ce qui communique, communique". Ces quatre petites icônes furent immédiatement reprises, quasiment à l'identique mais sans le slogan. pour le campagne de pub d'Apple Expo. Elles sont maintenant l'épine dorsale de la communication mondiale de Sony.

Certes, il existe une logique industrielle qui fait que des p'tits nouveaux plus performants et plus dynamiques prennent la place de leurs prédécesseurs. Par exemple, personne ne s'était plaint de l'abandon des CPC 6128 au profit du 520 STF, mis a part les quelques-uns qui estimaient que leur CPC leur rendrait longtemps des bons et loyaux services, et qu'ils n'avaient donc que faire de la nouveauté (sic !). Cependant les principes élémentaires de politesse voudraient que le mérite des "anciens" soit au moins reconnu, et que l'on ait la décence d'admettre qu'on ne serait pas grand-chose sans eux. En histoire, ce refus du passé et la réécriture des événements pour un profit quelconque (qu'il soit politique ou économique) s'appelle du Révisionnisme...


Bernard DOLIN

ST MAGAZINE - No 119 - Septembre 1997

Merci à Jeff de www.powerofasm.fr.st pour m'avoir dégoté cet article !