Pitfall, vous connaissez ? Et Tony Hawk Pro Skater ? Très certainement. On doit ces deux hits à Activision. Une société qui a connu des hauts et des bas... Le crash de 1984 a fait grand mal, mais ce dossier est la preuve qu'il n'était pas insurmontable.

Activision, ce nom résonne dans la tête de nombreux joueurs qui se revoient quelques années plus tôt, une manette Atari 2600 entre les mains. Eh oui, Activision fut une figure emblématique du monde de la VCS (pour Video Computer System), et les origines de la firme remontent d'ailleurs à cette époque.

1976, Atari sort sa VCS, qui prendra plus tard le nom de VCS 2600. La console connaît ce succès incroyable qui est désormais entré dans la légende. Comme dans toute grosse boite, certains employés ne font que passer. Trouvant leur environnement de travail trop étriqué, il décident de créer leur propre société, afin de ne s'imposer aucune limite dans leur créativité. C'est le cas de David Crane, Allan Miller, Bob Whitehead et Larry Kaplan qui fondent le 25 avril 1980 la société Activision, s'autoproclamant au passage le premier éditeur tiers de jeux vidéo sur consoles. Atari ne l'entend pas de cette oreille, et traîne nos quatre garçons plein d'avenir en justice, avançant une concurrence déloyale, et arguant que l'affaire était une "conspiration visant à s'approprier des secrets commerciaux". Il faut tout de même avouer que les quatre personnes avaient participé au développement de plus de la moitié des jeux Atari. Le procès fera beaucoup de bruit, et se terminera avec un arrangement à l'amiable entre les deux sociétés.
Activision ne perdra pas de temps et sortira son premier jeu la même année, avec Dragster, inspiré du titre d'Atari sorti en arcade quelques temps plus tôt, Atari Drag Race. Les ventes décollent immédiatement, avec 500 000 unités vendues la première année, ce qui comptera pour près de la moitié du chiffre d'affaire de la société pour sa première année fiscale d'exploitation !
Suivront un nombre étonnant de jeux : Fishing Derby, Checkers, Boxing, Freeway, Kaboom !, Ice Hockey, Laser Blast, Pitfall !, Stampede, Crackpots, Seaquest, Frostbite, Dolphin, Shopper Command, Keystone Kapers... et bien d'autres encore. Tous ces titres sont connus, car Activision savait ajouter la touche qui faisait que l'on ne décollait pas du jeu. Ainsi, tout à commencé avec Fishing Derby, dans lequel David Crane eu l'idée d'ajouter un requin, bouleversant totalement le gameplay et apportant une nouvelle dimension au jeu. Pour chacun des jeux, s'inspirant par moment de succès de salles d'arcade, il fallait trouver cette petite touche qui faisait la différence.
Dans la liste ci-dessus, vous aurez bien entendu noté le légendaire Pitfall, figure emblématique d'Activision qui écoulera ses 4 Ko de programmes à plus de quatre millions d'exemplaires ! Au passage, ce petit personnage qui doit courir constamment vers la droite de l'écran inventera le jeu de plate-forme si popularisé par le plombier de Nintendo.
Les jeux défilent et chacun apporte un peu plus à la firme, mais c'était sans compter sur le crash de 1984 qui calmera tout le monde. Activision n'y fera pas exception et passera d'un bénéfice de 66 millions de dollars en 1982 à une perte de trois millions en 1984...

Les rats quittent le navire : Larry Kaplan retournera chez Atari, tandis qu'Allan Miller et Bob Whitehead créeront une autre société du nom de Accolade. Seul David Crane restera, jusqu'en 1987 où il rejoindra l'équipe de Absolute Software. Il faut dire que c'est une période noire, le marché 2600 a sombré, et il faut maintenant se tourner du côté des micro-ordinateurs, sortis grands vainqueurs du crash. Activision sortira donc des jeux pour Commode 64 et Amiga, mais cela ne suffira pas à remettre le mastodonte à flots. Le rachat d'Infocom, une société de création de jeux vidéo spécialisée dans les jeux d'aventure n'y fera pas grand chose non plus, et le tout continuera de sombrer doucement mais sûrement.
Activision devient Mediagenic en 1988 et recentre entièrement ses activités puisqu'elle développe maintenant des logiciels bureautique pour Macintosh. Les pertes continuent pour arriver au firmament en 1991 avec 60 millions de dollars.

Tout semble perdu, mais par une chance énorme, la boîte est reprise in extremis par deux associés : Howard Marks et Bobby Kotick, deux entrepreneurs qui s'associent avec magnat des casinos, Steve Wynn, qui leur apporte le financement pour remettre Activision - qui a repris son nom original au passage - à flots. Il s'ensuit une réorganisation drastique et une seconde réorientation. Cette fois c'est le monde du jeu vidéo PC, qui commençait à devenir de plus en plus intéressant, qui est ciblé.
Deux des titres les plus marquants de cette nouvelle ère sont Pitfall - The Mayan Adventure et Return To Zork. Le premier reprend la recette déjà utilisé sur Atari 2600, en marquant les joueurs avec un grand nom, tout en l'adaptant aux contraintes techniques de l'époque. Par contre, le gameplay reste le même, ce qui donne un jeu au millimètre qui a très mal vieilli.
Mais c'est surtout le second qu'il faut retenir, car c'est un excellent jeu d'aventures, inspiré des premiers jeux - des aventures textuelles - d'Infocom. Le premier Zork a en effet vu le jour sous les doigts des programmeurs d'Infocom en 1982. Deux grands noms qui ressortent sous des titres de très bonne facture et sur une plate-forme en pleine explosion, il n'en faudra pas plus pour, enfin, commencer à ne plus être dans le rouge. Suit ensuite Spycraft, un jeu d'aventure - toujours - dans lequel vous incarnez un agent secret. Ce jeu a beaucoup fait parler de lui à sa sortie puisque son développement aura réuni, outre des professionnels du jeu vidéo, un ancien général du KGB et un ancien directeur de la CIA. Ce qui n’est pas étonnant de nos jours était plutôt incroyable à l’époque.
La reconnaissance du grand public arrivera avec Mechwarrior 2, en 1995, qui sera pour beaucoup le meilleur jeu de l'année 1995.
Activision, ayant beaucoup grossi, s'orientera vers le rôle d'éditeur et de distributeur, tout en continuant de développer ses propres jeux. On peut citer en vrac : Heavy Gear, Legacy Of Kain, Civilization : Call To Power, Vampire : the masquerade, et bien d'autres encore.
Vous l'avez vu, le phénix renaît de ses cendres, et avec des séries comme Tony Hawk, ce n'est pas prêt de s'arrêter !